Voyage dans le temps – jour 11

J’ai toujours l’impression d’être dans une machine à laver. Je me rends compte que mon esprit a besoin d’espace : je mémorise mieux, je me concentre mieux si mon regard peut se porter loin dans beaucoup de directions, et si je peux me déplacer, bouger, marcher, changer de paysage.

Sinon, c’est trop « petit », étriqué, monotone. Il me faut de l’espace autour de moi et du temps devant moi. Sinon j’étouffe, je me sens oppressé, je stress, j’ai envie de tout casser et de m’enfuir.

Voyage dans le temps – jours 6 et 7

Hier pas grand chose. Du transit, en fait.

Aujourd’hui transit également. Sauf que l’atterrissage sur mon monde est violent. Le temps d’ici m’a un peu foutu la paix. Disons qu’il s’est tenu à distance (je réalise qu’en fait il s’est toujours tenu à distance). Mais il emprisonne toujours, même à distance. Il a un consistance grumeleuse, pâteuse, et tourbillonne autour de moi. Le temps de là-bas tourbillonnait aussi mais il était plus continu, plus homogène, plus consistant, plus centré sur lui-même, il ne donnait pas l’impression de ne pas savoir où donner de la tête.

Celui d’ici, sans être menaçant, est… comme un gardien de prison : toujours présent, mais en obstacle. En obstacle qui me guette, dans lequel je me cogne à chacun instant, qui m’agrippe sans arrêt sans me foutre la paix.

Alors je sens mon esprit se froisser, se replier, rétracter ses ailes et feuler contre ce temps qui lui impose ces contorsions.

Ici il a moins de place pour s’étendre.

Voyage dans le temps – jours 4 et 5

Hier j’ai travaillé, beaucoup. Dans cet espace laissé par le temps les idées fusent : elles ont le temps de germer, pousser et éclore. Suffit d’être patient. Seed and forget, passer à un autre sujet, et revenir : ça a poussé, plus qu’à récolter, et recommencer.

Le temps ici se laisser malaxer. Il est disponible, souple, aéré, malléable. A moi d’en faire ce que je veux, de tailler mon chemin dedans.

Mon monde a envoyé une navette me chercher. Elle est donc arrivée aujourd’hui. Je l’ai senti un peu comme une perversion du temps que j’ai construit ici. Tant pis, j’ai fait avec. Mais mon temps a disparu, évaporé. J’en ai retrouvé les échos quand je suis revenu à mon campement.

Repartir avec eux ? rester ? Rester pour rebâtir puis devoir repartir ? (la prochaine navette qui passait dans ce système était quelques jours plus tard). J’ai préféré rentrer avec eux.

J’emporte avec moi les résonances sensorielles de la qualité de temps découverte ici…

Voyage dans le temps – jour 3

Déjà 3 sem… 3 jours que je suis là. Je commence à prendre le rythme d’ici : sa météo instable, ses températures extrêmes, ses silences, ses odeurs, cette lumière qui vivifie et découpe tout (quand il n’y pas de tempête, comme ce soir), cette étoile qui me brûle la peau, son temps

Je commence à en percevoir la substance… Ce temps est vide : il ne demande qu’à être rempli. Il n’est pas dense, il est plein… de vide. Dans mon monde le temps est plein de choses, il est tout petit, rétrécis, il ne laisse pas de place.

Ici il laisse de la place.

Voyage dans le temps – jour 2

Et voilà, je me décale. Disons que je me cale sur l’étoile d’ici, qui a l’air bien plus présent que dans mon monde d’origine. Les bruits ne sont pas les mêmes, la chaleur n’est pas la même, et mon sommeil non plus, bien évidemment.

Je me retrouve avec… plein de temps : le temps de prendre une maigre collation matinale et… ah non il n’est pas l’heure de prendre la collation suivante : il est encore tôt, j’ai le temps de faire des choses, de travailler. La qualité du temps d’ici fait que j’en ai plus, comme s’il était infini. Peut-être est-ce là la qualité première du temps de cette île, donner la sensation qu’il est infini ?

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Voyage dans le temps – jour 1

J’ai débarqué hier sur cette île inconnue qui me semble pourtant familière. J’ai trouvé une tribu qui a bien voulu m’accueillir. J’y ai posé mes affaires et je suis allé faire un tour dans le village le plus proche, via un chemin qui semblait longer la côté. J’ai mangé dans une restaurant tenu par des autochtones. J’avoue avoir eu peur de me faire intoxiquer mais en fait non. La nourriture, pas si bonne que ça, était sans dangers.

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Quelqu’un que l’on connait si peu

C’est fatiguant d’être avec quelqu’un que l’on connait si peu. Il passe son temps à vous surprendre, à vous tendre des pièges, à vous faire perdre votre temps, à vous entourlouper, à vous pomper votre énergie, à vous donner des conseils à suivre ou à ne pas suivre (selon son humeur).

Et puis vous essayez de le connaître, de lui parler, mais il ne dit pas tout : il cache des choses, il vous mène par le bout du nez, masque ses défauts, mais cache tout de même des atouts. Parfois il fuit carrément, se cache, vous fout la paix. Parfois il se révolte, prend le dessus, prends les commandes.

C’est fatiguant, surtout quand vous vous le coltinez en fait depuis le début de votre existence : vous-même.

La manière de dire au revoir

Il était temps de nous dire au revoir. Nous étions face à face, debout. Mais alors comment nous dire au revoir ? Une bise serait trop peu, vu ce qui nous lie. Nous embrasser ne serait pas représentatif : trop engageant, et nous ne nous sommes pas engagés par là. L’accolade ? trop … juste à côté de ce qu’il faudrait.

Trop plein de ce qui m’anime, trop plein de ce qui nous anime, je ne réfléchis plus et d’instinct je mets ma main derrière son épaule, vivement, puis d’une pression des doigts je l’intime de venir vers moi pendant que j’ouvre mon autre bras pour attraper son autre versant. Ma tête n’est déjà plus là, ne la regarde plus. Elle vise le creux de son épaule. Je ne suis plus là, je sais que je suis arrivé. Je sais que cela ne va durer que quelques secondes dont le souvenir me marquera à jamais. Je sais que je ne sais pas comment cela va se passer. Je sais que ces secondes seront précieuses. Je sais que j’aurai le sentiment d’être chez moi, et que cela ne durera pas. Je sais que j’aurai envie de pleurer et que je ne le ferai pas mais qu’à la place je la serrerai fort. Je sais que je vais revenir aussi vite que je suis parti et que les sensations physiques de ses mains autour de moi, de la résistance de son corps sous la pression de mes bras, de la localisation même de nos points de contact vont s’imposer à moi, se mêler à ce que je ressens, diriger ce que je ressens. Ce que je ne souhaite pas.

Ce que je ne souhaite pas.

Le chercheur et la pépite

C’est un chercheur qui a une conviction : dans cette rivière se trouve LA pépite. Pas la plus grosse, ni la plus belle, mais celle que lui cherche ; celle qu’il a en rêve.

Alors il cherche. Il retourne chaque pierre de cette rivière, mets les bras dans la boue. Il manque de se noyer plusieurs fois, désespère parfois. Il sait que sa pépite existe, et qu’elle est dans cette rivière.

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