Voyage dans le temps – jour 2

Et voilà, je me décale. Disons que je me cale sur l’étoile d’ici, qui a l’air bien plus présent que dans mon monde d’origine. Les bruits ne sont pas les mêmes, la chaleur n’est pas la même, et mon sommeil non plus, bien évidemment.

Je me retrouve avec… plein de temps : le temps de prendre une maigre collation matinale et… ah non il n’est pas l’heure de prendre la collation suivante : il est encore tôt, j’ai le temps de faire des choses, de travailler. La qualité du temps d’ici fait que j’en ai plus, comme s’il était infini. Peut-être est-ce là la qualité première du temps de cette île, donner la sensation qu’il est infini ?

Bref, arrivé à la collation suivante je pars sur ce foutu moyen de transport explorer les environ. Je n’ai que ça à faire, mais peut-être est-ce aussi une des qualités du temps d’ici : empoisser toutes les activités, les étirer, les densifier au point de leur donner beaucoup de / trop de / suffisamment de / toute leur place ? Vas savoir…

L’étoile d’ici colore ma peau de rouge, et elle me brûle. Que contient donc la lumière de cette étoile ? Il va falloir que je tire ça au clair, parce que c’est douloureux… Les paysages sont néanmoins splendides. Ils semblent fait de la même matière que le temps d’ici : grands, vides mais remplis de quelque chose qui les peuple, qui attire le regard et qui laisse de la place sans pour autant vouloir être peuplé. Comme si le temps/paysage se suffisait à lui-même et n’avait pas besoin de mon concours pour exister, comme s’il attirait à lui les choses à l’intérieur de moi. Mon esprit, après s’être reposé en moi, semble maintenant repartir à l’extérieur ; je le sens reposé, et sans morceaux de temps à attraper sans cesse, je le vois virevolter loin mais calme, toutes ses ailes déployées. Il a l’air à l’aise. Je réalise qu’avant, dans mon ancien monde, il était englué.

Ici il étire ses ailes.

Voyage dans le temps – jour 1

J’ai débarqué hier sur cette île inconnue qui me semble pourtant familière. J’ai trouvé une tribu qui a bien voulu m’accueillir. J’y ai posé mes affaires et je suis allé faire un tour dans le village le plus proche, via un chemin qui semblait longer la côté. J’ai mangé dans une restaurant tenu par des autochtones. J’avoue avoir eu peur de me faire intoxiquer mais en fait non. La nourriture, pas si bonne que ça, était sans dangers.

Beaucoup de choses sont différentes, ici : les odeurs, le paysage bien évidemment, mais également bizarrement le temps. Pas la météo, mais le temps tic-tac. Il a une qualité différente, comme plus lente, plus massive mais en même temps plus légère, plus fluide. Je ne sais pas encore comment dire…

Les gens eux-mêmes sont différents. Ils ont un rythme différents, comme s’ils vivaient eux dans ce temps qui n’est pas le même que le mien. Et je me retrouve comme empoissé dans ce temps. J’ai heureusement ramené avec moi un holivre à lire (il n’y a que moi qui dit encore lire, je crois), ce qui me permet de m’abstraire un peu de cette poisse et de retrouver mon temps dynamique à moi.

J’avais également rapporté du travail de mon monde à moi. Je m’y suis mis dans une des échoppes qui vendait des choses à boire, que j’ai bu. Elles m’ont affecté l’esprit, ces boissons, mais n’ont pas eu d’effets délétères. Enfin… pas que je puisse remarquer pour l’instant.

Et j’ai discuté avec une amie  d’un des anciens mondes. Ce fut étrange… J’étais ici, dans ce temps mélassé, je sentais les odeurs, la température, les sons commencer à avoir prise sur moi, et j’avais pourtant l’esprit à cette discussion. Cette dernière m’a éclairée, mais j’ai mal dormi. Je crois que le lit que j’ai amené ne se fait pas à la géographie d’ici…

A mon réveil le temps était brumeux. En fait, ce qui est étrange, c’est que j’ai remarqué que le temps était brumeux. Dans mon monde d’origine, en général je m’en fous. Là non. Je ne sais pas pourquoi. Mais si je sais pourquoi : c’est que cela va affecter ma journée. Bon…

Je suis allé négocier un moyen de transport local (un truc indescriptible qui fait mal au cul et qui est lent et fatigant à mouvoir, damn) et j’ai parcouru l’île. Lire, dormir, bouger, lire dormir bouger, dormliregébou et manger. La qualité du temps ici commence s’infiltrer en moi. Je sens que je ralenti. N’ayant plus ma boisson anti-sommeil, quand ce dernier se pointe je ne peux que m’assoupir. Pff… Perte de temps. Quoi qu’il en soit, mon esprit, qui avait l’habitude de planer loin autour de moi, semble… venir de plus en plus souvent se poser en moi. Je ne sais pas comment dire mieux. Un peu comme s’il était épuisé de voler dans cette poisse. Ou alors la légèreté de ce temps fait-elle qu’il n’a plus besoin de voleter en essayant d’en saisir toutes les particules ? Indigestion, petit esprit, et tu désir maintenant te reposer ?

24h écoulée dans ce monde ci, et j’ai l’impression d’avoir vécu une semaine…

Quelqu’un que l’on connait si peu

C’est fatiguant d’être avec quelqu’un que l’on connait si peu. Il passe son temps à vous surprendre, à vous tendre des pièges, à vous faire perdre votre temps, à vous entourlouper, à vous pomper votre énergie, à vous donner des conseils à suivre ou à ne pas suivre (selon son humeur).

Et puis vous essayez de le connaître, de lui parler, mais il ne dit pas tout : il cache des choses, il vous mène par le bout du nez, masque ses défauts, mais cache tout de même des atouts. Parfois il fuit carrément, se cache, vous fout la paix. Parfois il se révolte, prend le dessus, prends les commandes.

C’est fatiguant, surtout quand vous vous le coltinez en fait depuis le début de votre existence : vous-même.

La manière de dire au revoir

Il était temps de nous dire au revoir. Nous étions face à face, debout. Mais alors comment nous dire au revoir ? Une bise serait trop peu, vu ce qui nous lie. Nous embrasser ne serait pas représentatif : trop engageant, et nous ne nous sommes pas engagés par là. L’accolade ? trop … juste à côté de ce qu’il faudrait.

Trop plein de ce qui m’anime, trop plein de ce qui nous anime, je ne réfléchis plus et d’instinct je mets ma main derrière son épaule, vivement, puis d’une pression des doigts je l’intime de venir vers moi pendant que j’ouvre mon autre bras pour attraper son autre versant. Ma tête n’est déjà plus là, ne la regarde plus. Elle vise le creux de son épaule. Je ne suis plus là, je sais que je suis arrivé. Je sais que cela ne va durer que quelques secondes dont le souvenir me marquera à jamais. Je sais que je ne sais pas comment cela va se passer. Je sais que ces secondes seront précieuses. Je sais que j’aurai le sentiment d’être chez moi, et que cela ne durera pas. Je sais que j’aurai envie de pleurer et que je ne le ferai pas mais qu’à la place je la serrerai fort. Je sais que je vais revenir aussi vite que je suis parti et que les sensations physiques de ses mains autour de moi, de la résistance de son corps sous la pression de mes bras, de la localisation même de nos points de contact vont s’imposer à moi, se mêler à ce que je ressens, diriger ce que je ressens. Ce que je ne souhaite pas.

Ce que je ne souhaite pas.

La chenille qui dansait la samba

Il était une fois une chenille qui dansait super bien la samba (elle avait pris des cours chez Les danseuses d’or). D’aucun aurait dit que c’était un talent inné : ses pas étaient fluides, groovy, sexy sans être vulgaire, d’une folle énergie communicative qui donnait à quiconque la regardait l’envie de bouger son boule.

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85

Je les voyais écouter la conversation d’un oreille distraite. Ils n’étaient pas assis l’un à côté de l’autre, ni même face à face, mais ils avaient l’un et l’autre un vague sourire sur leurs visages, et en regardant bien, quelques cernes.

Leurs regards ne pouvaient pas se croiser naturellement, ils étaient à portée d’oreille l’un de l’autre, et moi des deux.

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