Voyage dans le temps – jours 6 et 7

Hier pas grand chose. Du transit, en fait.

Aujourd’hui transit également. Sauf que l’atterrissage sur mon monde est violent. Le temps d’ici m’a un peu foutu la paix. Disons qu’il s’est tenu à distance (je réalise qu’en fait il s’est toujours tenu à distance). Mais il emprisonne toujours, même à distance. Il a un consistance grumeleuse, pâteuse, et tourbillonne autour de moi. Le temps de là-bas tourbillonnait aussi mais il était plus continu, plus homogène, plus consistant, plus centré sur lui-même, il ne donnait pas l’impression de ne pas savoir où donner de la tête.

Celui d’ici, sans être menaçant, est… comme un gardien de prison : toujours présent, mais en obstacle. En obstacle qui me guette, dans lequel je me cogne à chacun instant, qui m’agrippe sans arrêt sans me foutre la paix.

Alors je sens mon esprit se froisser, se replier, rétracter ses ailes et feuler contre ce temps qui lui impose ces contorsions.

Ici il a moins de place pour s’étendre.

Voyage dans le temps – jours 4 et 5

Hier j’ai travaillé, beaucoup. Dans cet espace laissé par le temps les idées fusent : elles ont le temps de germer, pousser et éclore. Suffit d’être patient. Seed and forget, passer à un autre sujet, et revenir : ça a poussé, plus qu’à récolter, et recommencer.

Le temps ici se laisser malaxer. Il est disponible, souple, aéré, malléable. A moi d’en faire ce que je veux, de tailler mon chemin dedans.

Mon monde a envoyé une navette me chercher. Elle est donc arrivée aujourd’hui. Je l’ai senti un peu comme une perversion du temps que j’ai construit ici. Tant pis, j’ai fait avec. Mais mon temps a disparu, évaporé. J’en ai retrouvé les échos quand je suis revenu à mon campement.

Repartir avec eux ? rester ? Rester pour rebâtir puis devoir repartir ? (la prochaine navette qui passait dans ce système était quelques jours plus tard). J’ai préféré rentrer avec eux.

J’emporte avec moi les résonances sensorielles de la qualité de temps découverte ici…

Voyage dans le temps – jour 3

Déjà 3 sem… 3 jours que je suis là. Je commence à prendre le rythme d’ici : sa météo instable, ses températures extrêmes, ses silences, ses odeurs, cette lumière qui vivifie et découpe tout (quand il n’y pas de tempête, comme ce soir), cette étoile qui me brûle la peau, son temps

Je commence à en percevoir la substance… Ce temps est vide : il ne demande qu’à être rempli. Il n’est pas dense, il est plein… de vide. Dans mon monde le temps est plein de choses, il est tout petit, rétrécis, il ne laisse pas de place.

Ici il laisse de la place.

Voyage dans le temps – jour 2

Et voilà, je me décale. Disons que je me cale sur l’étoile d’ici, qui a l’air bien plus présent que dans mon monde d’origine. Les bruits ne sont pas les mêmes, la chaleur n’est pas la même, et mon sommeil non plus, bien évidemment.

Je me retrouve avec… plein de temps : le temps de prendre une maigre collation matinale et… ah non il n’est pas l’heure de prendre la collation suivante : il est encore tôt, j’ai le temps de faire des choses, de travailler. La qualité du temps d’ici fait que j’en ai plus, comme s’il était infini. Peut-être est-ce là la qualité première du temps de cette île, donner la sensation qu’il est infini ?

Bref, arrivé à la collation suivante je pars sur ce foutu moyen de transport explorer les environ. Je n’ai que ça à faire, mais peut-être est-ce aussi une des qualités du temps d’ici : empoisser toutes les activités, les étirer, les densifier au point de leur donner beaucoup de / trop de / suffisamment de / toute leur place ? Vas savoir…

L’étoile d’ici colore ma peau de rouge, et elle me brûle. Que contient donc la lumière de cette étoile ? Il va falloir que je tire ça au clair, parce que c’est douloureux… Les paysages sont néanmoins splendides. Ils semblent fait de la même matière que le temps d’ici : grands, vides mais remplis de quelque chose qui les peuple, qui attire le regard et qui laisse de la place sans pour autant vouloir être peuplé. Comme si le temps/paysage se suffisait à lui-même et n’avait pas besoin de mon concours pour exister, comme s’il attirait à lui les choses à l’intérieur de moi. Mon esprit, après s’être reposé en moi, semble maintenant repartir à l’extérieur ; je le sens reposé, et sans morceaux de temps à attraper sans cesse, je le vois virevolter loin mais calme, toutes ses ailes déployées. Il a l’air à l’aise. Je réalise qu’avant, dans mon ancien monde, il était englué.

Ici il étire ses ailes.

Voyage dans le temps – jour 1

J’ai débarqué hier sur cette île inconnue qui me semble pourtant familière. J’ai trouvé une tribu qui a bien voulu m’accueillir. J’y ai posé mes affaires et je suis allé faire un tour dans le village le plus proche, via un chemin qui semblait longer la côté. J’ai mangé dans une restaurant tenu par des autochtones. J’avoue avoir eu peur de me faire intoxiquer mais en fait non. La nourriture, pas si bonne que ça, était sans dangers.

Beaucoup de choses sont différentes, ici : les odeurs, le paysage bien évidemment, mais également bizarrement le temps. Pas la météo, mais le temps tic-tac. Il a une qualité différente, comme plus lente, plus massive mais en même temps plus légère, plus fluide. Je ne sais pas encore comment dire…

Les gens eux-mêmes sont différents. Ils ont un rythme différents, comme s’ils vivaient eux dans ce temps qui n’est pas le même que le mien. Et je me retrouve comme empoissé dans ce temps. J’ai heureusement ramené avec moi un holivre à lire (il n’y a que moi qui dit encore lire, je crois), ce qui me permet de m’abstraire un peu de cette poisse et de retrouver mon temps dynamique à moi.

J’avais également rapporté du travail de mon monde à moi. Je m’y suis mis dans une des échoppes qui vendait des choses à boire, que j’ai bu. Elles m’ont affecté l’esprit, ces boissons, mais n’ont pas eu d’effets délétères. Enfin… pas que je puisse remarquer pour l’instant.

Et j’ai discuté avec une amie  d’un des anciens mondes. Ce fut étrange… J’étais ici, dans ce temps mélassé, je sentais les odeurs, la température, les sons commencer à avoir prise sur moi, et j’avais pourtant l’esprit à cette discussion. Cette dernière m’a éclairée, mais j’ai mal dormi. Je crois que le lit que j’ai amené ne se fait pas à la géographie d’ici…

A mon réveil le temps était brumeux. En fait, ce qui est étrange, c’est que j’ai remarqué que le temps était brumeux. Dans mon monde d’origine, en général je m’en fous. Là non. Je ne sais pas pourquoi. Mais si je sais pourquoi : c’est que cela va affecter ma journée. Bon…

Je suis allé négocier un moyen de transport local (un truc indescriptible qui fait mal au cul et qui est lent et fatigant à mouvoir, damn) et j’ai parcouru l’île. Lire, dormir, bouger, lire dormir bouger, dormliregébou et manger. La qualité du temps ici commence s’infiltrer en moi. Je sens que je ralenti. N’ayant plus ma boisson anti-sommeil, quand ce dernier se pointe je ne peux que m’assoupir. Pff… Perte de temps. Quoi qu’il en soit, mon esprit, qui avait l’habitude de planer loin autour de moi, semble… venir de plus en plus souvent se poser en moi. Je ne sais pas comment dire mieux. Un peu comme s’il était épuisé de voler dans cette poisse. Ou alors la légèreté de ce temps fait-elle qu’il n’a plus besoin de voleter en essayant d’en saisir toutes les particules ? Indigestion, petit esprit, et tu désir maintenant te reposer ?

24h écoulée dans ce monde ci, et j’ai l’impression d’avoir vécu une semaine…