Le mestre

Un mestre ne voyage pas toujours en hélico.

Le mestre est celui qui dirige la bateria. C’est le zozo à l’avant, qui ne regarde pas dans le même sens que les autres, qui fait de grands gestes et siffle comme un gendarme.

C’est en quelques sortes le chef d’orchestre, sauf que personne n’a de partition : la batucada se construit en live avec une « grammaire » dont chacun connaît les règles et les mots.

Le mestre organise tout ça : il dit qui doit faire quoi. Par qui, comprendre : quelle section d’instruments, ou quel instrument en particulier. Par quoi, comprendre : s’arrêter, reprendre, continuer, faire tel break, jouer moins fort, plus fort, plus vite, moins vite.

Pour ça il a ses mains. Chaque instrument à un signe, chaque break a un signe, chaque action (arrêter, continuer, stopper, … ) a un signe.

Dans la réalité c’est moins carré que ça : autant le signe de chaque instru est commun, ainsi que les actions de base (continuer, … ), autant le reste c’est plus flou. D’autant que le mestre peut vouloir dire à sa bateria quelque chose qui n’a pas de signe appris par tous, par exemple : crier à tel moment. Dans ce cas, il se démerde 🙂 Mais il y a des signes qui se devinent aisément ; par exemple quand le mestre vous regarde droit dans les yeux, fait signe de dégoupiller une grenade et de vous l’envoyer…

Il peut par exemple dire : On va faire un break 1, mais les surdo et les repiques s’arrêtent. Dans ce cas il siffle dans son sifflet pour que tout le monde le regarde, fait le signe pour le break 1, le signe des surdo, le signe de se taire, le signe des repique, le signe de se taire, refais le signe du break 1, attends la mesure suivante et lance le break par un habile mouvement des mains. Tap tap talapatap tondon, le break 1 est lancé.

L’art du mestre est compliqué : il doit motiver ses troupes, placer les instrus lors des représentations, être précis dans ses gestes, gérer l’énergie du public (et le faire danser), faire kiffer sa formation (et une formation qui prend son pied à jouer se communique au public), inventer des breaks et faire qu’ils sonnent bien, …

En studio de répèt’, le mestre se voit facilement : il est au bout de la salle, et il siffle de temps en temps. Pas de soucis.

En défilé, c’est plus compliqué : il est devant, mais il peut être caché par les autres batucadistes et leurs déguisements, le sifflet peut ne pas s’entendre (si vous êtes déconcentré par les passants ou par une bateria qui joue trop proche devant ou derrière vous). Là, faut être attentif, faut que le mestre soit grand ou ait un truc au dessus de la tête qui permette de le repérer (un hélico, par exemple).

Dans une grande formation (plusieurs centaines de joueurs), c’est une autre paire de manche : les ordres du mestre sont relayés dans la bateria par des sous-mestre qui courent dans les rangs, éventuellement en rampant pour passer sous les plumes des costumes.

Comme c’est assez kiffant, d’être mestre, et que j’ai aussi envie d’inventer des arrangements, je vais m’y coller et jouer l’ombre de Ludo, notre futur mestre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.